Revue de presse

L’État ne peut pas assurer à lui seul le conseil agricole

2018-02-28

L’ONCA a ouvert un vaste chantier pour mettre en place un dispositif territorialisé de conseil agricole basé sur les résultats. Face à un départ massif à la retraite, l’office compte sur la formation et le recrutement, mais surtout la responsabilisation des partenaires et du tissu encore balbutiant du conseil agricole privé. Les 400 conseillers privés seront largement associés à la nouvelle politique.

Nommé à la tête de l’Office national du conseil agricole en août 2017, Jaouad Bahaji revient dans cet entretien sur les réalisations et les chantiers en cours de l’organisme chargé du pilotage de l’écosystème du conseil agricole. Celui qui a fait ses preuves comme directeur de projets à l’USAID avant de rejoindre le ministère de l’agriculture en 2011 en tant que directeur central de l’enseignement, l’information et la recherche, dresse un panorama du secteur du conseil, liste les insuffisances et esquisse des axes d’amélioration.

L’ONCA va souffler cette année sa 5e bougie. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de sa création ?
L’ONCA est le fruit de la fusion des anciens Centres de Travaux (CT) qui ont vu le jour en 1957 pour développer l’agriculture marocaine et professionnaliser et former les agriculteurs. En 2011, le ministère de l’agriculture a procédé à l’évaluation de ces centres et du dispositif de la vulgarisation agricole de manière générale. Le premier constat était que cette fonction est assurée par plusieurs acteurs et qu’il y a beaucoup d’acquis à capitaliser. Le deuxième est que les besoins sont énormes alors que les moyens sont modestes. De ce fait, et pour accompagner le Plan Maroc Vert (PMV), dans un secteur agricole de plus en plus dynamique depuis 2008, il est important que les connaissances et le savoir-faire soient portés par un organisme fédérateur et transmis aux agriculteurs aux moments opportuns et avec des outils modernes.
Plusieurs chantiers ont été entamés. En premier, la création de l’Office national du conseil agricole (ONCA) en 2013. S’en est suivie une étape élémentaire de construction avec comme objectif de fédérer et responsabiliser l’ensemble des acteurs de notre écosystème: les fédérations interprofessionnelles, les chambres d’agriculture, les structures de formation et de recherche, les coopératives et le secteur privé. L’ONCA aujourd’hui est une plaque tournante incontournable pour la fédération et la gouvernance du dispositif national du conseil agricole.

L’effectif des conseillers agricoles au Maroc est jugé insuffisant. Que prévoit l’office pour le renforcer ?
Sur 1 500 fonctionnaires relavant de l’ONCA, répartis sur le territoire national, presque 500 sont des conseillers agricoles. Avec un départ massif à la retraite qui concerne une moyenne de 100 agents chaque année, la solution pour assurer la relève est de développer le conseil chez les acteurs de notre écosystème. L’État ne peut pas à lui seul assurer la fonction du conseil agricole même si nous comptons recruter et former. Nous œuvrons également pour le développement et l’intégration du conseil agricole privé tel que le prévoit la stratégie nationale du conseil agricole en complémentarité avec le conseil public.

Je tiens à rappeler que cette stratégie met le curseur sur trois axes. Le premier concerne le conseil public qui a donné lieu à la création de l’ONCA avec pour mission de le piloter et coordonner le dispositif national du conseil agricole. Le deuxième axe concerne le partenariat public-privé notamment avec les fédérations interprofessionnelles, les chambres d’agriculture et les coopératives agricoles, essentiellement féminines. Le troisième a trait à l’organisation du métier de conseiller agricole privé et son déploiement au niveau national dans le cadre de la contractualisation. Pour ce faire, un cadre légal –la loi 62-12 et ses textes d’application– ainsi qu’une commission habilitée à délivrer les agréments ont vu le jour. Actuellement, le nombre de conseillers agricoles agréés est estimé à environ 400 à travers l’ensemble du Royaume, couvrant toutes les filières, animales, végétales et transverses. Il s’agit donc d’une arme de frappe pour moderniser davantage le secteur et renforcer et pérenniser les acquis du Plan Maroc Vert.

Quelles sont vos priorités dans le sillage de cette stratégie ?
Notre priorité est de concrétiser et d’accélérer la mise en œuvre de la Stratégie nationale du conseil agricole (SNCA). Depuis 2013, l’action principale de l’ONCA était focalisée sur la mise en place des structures de gouvernance, des directions régionales, le recrutement et d’autres chantiers. Maintenant, il est temps de renforcer le cadre de gouvernance et de pilotage, notamment le volet de la décentralisation et la responsabilisation des acteurs, dont les directions régionales de l’ONCA, en étroite concertation avec nos partenaires régionaux. Deuxièmement, s’organiser au niveau régional en mettant en œuvre des plans régionaux de conseil agricole qui sont arrimés aux plans agricoles régionaux (PAR – déclinaison régionale du PMV).

La deuxième phase de la SNCA, qui a démarré en 2017, est celle de la mise en œuvre d’un dispositif territorialisé de conseil agricole de proximité suivant une approche basée sur les résultats et l’impact, avec des objectifs définis en concertation avec les agriculteurs et leur organisation et portant sur des aspects concrets. C’est cela l’essence même de ma vision et la mission stratégique de l’ONCA. A titre d’exemple, si le rendement d’une exploitation agricole est de 10 quintaux de céréales à l’hectare, l’objectif sera d’augmenter la production, en quantité et en qualité, sur une durée déterminée dans le cadre d’un cahier des charges entre l’exploitant et le conseiller agricole.

En outre, il s’agit d’adopter une approche territoriale intégrée du conseil agricole pour évaluer pertinemment le potentiel et les besoins. Les conseillers agricoles de territoires (CAT) seront mis en place et seront les premiers interlocuteurs des agriculteurs. Ils seront appuyés par des conseillers agricoles spécialisés (CAS) qui sont quant à eux mobiles. En cas de besoins pointus, le recours au privé est prévu dans un cadre de complémentarité et de couverture géographique.

L’instauration d’une culture entrepreneuriale dans le tissu des coopératives figure aussi parmi nos priorités. Nous avons déjà démarré ce chantier à travers l’organisation de forums des coopératives au niveau de six provinces. L’objectif de ces rencontres est de faire le bilan de nos actions auprès d’eux et chercher des pistes d’amélioration et de partenariat.
Concernant les outils de travail sur le plan opérationnel, nous allons promouvoir et perfectionner la plateforme virtuelle de communication et d’appui conseil (ARDNA) mise en place par le ministère et la FAO en 2014 qui est un outil technologique pointu. Elle rassemble agriculteurs, conseillers, experts et chercheurs. C’est une banque de données et de connaissances ainsi qu’un réseau qui permet de partager les bonnes pratiques, les astuces, les success stories et tout sujet d’intérêt agricole auprès de la communauté agricole.

Où en sont les autres outils?
Sur le terrain, nous organisons ponctuellement les Ecoles aux Champs ou les Farmers Field Schools (FFS). C’est une approche didactique et pédagogique de conseil agricole et de formation à travers laquelle les champs sont les premières ressources pédagogiques. C’est dans les champs que les agriculteurs partagent leurs savoir-faire et apprennent à partir des faits observés. Les résultats obtenus sont étendus aux agriculteurs voisins qui pratiquent la même culture. Nous disposons également d’un centre d’appel, d’équipes mobiles ainsi que d’un village itinérant. Nous assurons également une présence médiatique via des actions saisonnières à travers la production et la diffusion des spots télévisés et radiophoniques ainsi que des films institutionnels.

Est-ce que votre centre d’appel est vraiment efficace ?
Tout est fait pour améliorer son impact. Au départ, ce centre était géré par un prestataire privé. L’évaluation que nous avions menée nous a conduit à changer d’approche parce que nous sommes convaincu que le conseil agricole est un métier pointu. Le fait de le déléguer à des téléconseillers qui n’ont pas forcément un background agricole a été contre-productif. Il faut que le conseiller soit apte à comprendre le langage de l’agriculteur.

Aujourd’hui, l’ONCA a récupéré ce centre d’appel pour le gérer directement. La prochaine étape est de le développer et le connecter à la plateforme ARDNA. Nous comptons également nous attaquer aux réseaux sociaux comme espace d’échanges et de conseil.

Qu’en est-il des villages itinérants qui, d’après nos observations, n’attirent pas assez d’agriculteurs ?
L’approche qui était de mise consistait à organiser des villages dans chaque région agricole pour offrir des prestations généralistes de conseil. Encore une fois, nous avons évalué l’efficacité de cet outil pour dégager des pistes d’amélioration. Si le concept est bon, c’est plutôt le timing qu’il faudra ajuster car les villages itinérants étaient organisés hors contexte. Depuis le mois d’août, nous essayons d’arrimer les villages itinérants avec d’autres évènements agricoles au niveau régional pour cibler le maximum d’agriculteurs.

Source : lavieeco

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